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Finis ta soupe ou tu vas en garde à vue !

Le 13 juin 2009, nous déjeunions, mon amie et moi, en terrasse, au soleil et la vie était belle en ce samedi de début de week-end.

Tout à coup, entre deux bouchées, mon attention a été attirée par le ballet incessant d'une noria de camions de fourrière chargeant et embarquant les automobiles par deux à la fois.

Certains, à l'évidence, mettaient en application le célèbre "travailler plus pour gagner plus" au point d'en mériter la médaille de l'Ordre du Mérite. Devant une telle fougue et un tel stakhanovisme, je me suis pris à rêver à ce qui se passerait si tous les services de l'État faisaient preuve du même dynamisme et du même zèle.

Maîtres du monde ! Nous deviendrions, sans l'ombre d'un doute, les maîtres du monde.

Je ne pouvais manquer cette occasion de faire mentir les mauvaises langues toujours promptes à dénigrer le fonctionnement de l'État, aussi, depuis le bord du trottoir, ais-je commencé à fixer pour la postérité l'activité débordante des forces de l'Ordre qui, de fait, créaient, elles mêmes, quelque désordre. Certains ne manqueront pas de relever qu'il ne s'agit que de dégâts collatéraux inévitables.

Tout à ma recherche du meilleur plan et du meilleur cadrage, j'ai entendu un "Vous... Là..." proféré sur ton qui ne pouvait concerner qu'un délinquant, donc pas moi. Pourtant ...

... quelques clichés plus tard, j'ai entendu un péremptoire, et cette fois tout proche, "Arrêtez de faire des photos...", en même temps que, dans le viseur, apparaissaient une chemise bleue réglementaire et ce qui m'a paru être un sifflet. Là, j'ai commencé à me sentir visé !

"Pourquoi ?"

"Parce que c'est interdit ..." Ne pouvant supposer une seule seconde avoir surpris un secret défense concernant un matériel de mise en fourrière que nous étions les seuls au monde à posséder, j'ai demandé, le plus courtoisement possible, "Depuis quand, et à quel titre ?".

"Si vous continuez, je vous mets en garde à vue."

"Banco... je vous accompagne... j'efface mes photos... et, par dessus le marché, je vous présente mes excuses, mais à une seule condition, celle de me donner le texte de loi que j'ai transgressé, faute de quoi, je continue. Je n'ai qu'une seule obligation à respecter, celle du droit à l'image et, dans l'état actuel des choses, vous me faites un procès d'intention puisque je n'ai encore rien diffusé !"

Ainsi que le lecteur peut le constater, je n'ai pas eu à détruire mes photos ni, fort heureusement pour moi, à passer le week-end en garde-à-vue. Présenté comme cela et ainsi que cela s'est passé, on pourrait presque être tenté d'en rire mais, sur le fond, c'est particulièrement grave.

La garde à vue répond à des critères donnés, précis, restrictifs et ne devrait, en aucune façon, être utilisée comme une menace ou une sorte de "mise au piquet" dictée par l'incapacité de déterminer un délit réel et avéré pour en faire, dans ce cas, en une sorte de punition "faute de mieux".

La soixantaine, enfin pratiquement... praticien... enseignant... quelques notions de droit... il m'en faut un peu plus pour me déstabiliser mais imaginons un gamin de 18 ou 20 ans dans la même situation. Il va perdre son calme, élever la voix et terminera, effectivement, embastillé pour un tout autre motif, cette fois parfaitement justifié d'outrage à agent, voire de rébellion, alors que le motif initial n'aura, finalement, servi que de détonateur ou de catalyseur.

Je suis intimement convaincu que pas un seul d'entre nous, à l'idée même que cela puisse lui arriver ou à un de ses proches, ne trouvera ce procédé digne d'une démocratie qui tente d'entretenir son image de "Patrie des droits de l'Homme".

Il me semble bon de rappeler que, dans le GUIDE DES REFORMES ET DES MESURES 2007 2008, à la page 35, il était instauré "Une politique de réinsertion des détenus et de respect de leurs droits fondamentaux" qui prévoyait :
  • Un contrôleur général des lieux de privation de liberté, instance indépendante, est institué. Il s'assure du respect des droits fondamentaux des personnes enfermées dans les établissements pénitentiaires, les hôpitaux psychiatriques, les locaux de garde à vue...
  • Une réforme pénitentiaire [est] en préparation pour améliorer les droits de la personne détenue. Elle prévoit la mise en place, pour toute personne entrant en détention d'un bilan physique, psychique, professionnel et familial, la baisse de la durée maximale de placement en cellule disciplinaire, ou encore la limitation du recours à la fouille corporelle. Cette réforme privilégiera les alternatives à la mise en détention.
Tout ceci me paraissant, à la fois, digne de notre pays et, pour une fois, peu coûteux.

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