Dimanche, Avril 05, 2020
   
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Culpabilité et Repentance.

"Ego autem, cum mihi molesti essent, induebar cilicio" ...

... Quant à moi, bien que ces choses me furent pénibles, je revêtirai le cilice ...

Les lecteurs du "Da Vinci Code", les membres de l'Opus Dei ou ceux qui ont un minimum de culture, c'est à dire tous les lecteurs de ce site, savent parfaitement ce qu'est un cilice. Néanmoins, je vais tout de même en donner la définition, simplement au cas où... Il s'agit, à l'origine, d'une chemise portée à même la peau, d'une ceinture de crin ou d'étoffe rude portée par pénitence ou par mortification.

Certains adeptes vont jusqu'à remplacer le tissu, sans doute encore trop doux pour eux, par des liens et ceintures en métal tissé et hérissé de pointes pénétrant la peau... Un pur délice, poussant ainsi la souffrance, délibérément imposée à son corps, à son paroxysme, afin de se repentir encore mieux d'une faute qui peut être soit réelle soit, le plus souvent, complètement imaginaire. Freud, d'ailleurs, voyait dans cette hypertrophie de la Culpabilité la cause possible de certains échecs de la psychanalyse, car ces patients là ne parvenaient pas à se défaire d'un "masochisme moral" qui les poussait à expier sans cesse une faute inconsciente.

Si, dans les cultures judéo-chrétiennes, le "Péché Originel" est "La Faute" que l'Homme porte sur les épaules depuis des millénaires et dont il doit se racheter, seul le christianisme, assisté en cela par l'apôtre Paul, s'est empressé de lui en adjoindre une autre, plus cohérente avec le dogme, celle de la mise à mort du fils de Dieu. Accessoirement, cette approche permettait de faire d'une pierre, deux coups, en montrant du doigt le Peuple qui portait l'inexcusable responsabilité d'avoir tué celui qui, pourtant, venait racheter la Faute Initiale de l'Humanité...

Contrairement à ce que l'on pense en général, le Péché Originel n'est pas celui de la Chair, ce n'est pas parce que Adam a fauté avec Ève qu'ils se sont fait virer du Paradis Terrestre, mais pour avoir désobéi à Dieu en consommant le Fruit de l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Quant à entretenir l'idée que ce fruit était une pomme, rien n'est moins sûr, sauf à situer l'Eden en Normandie, par contre, et pour de nombreuses raisons symboliques, il se pourrait fort bien s'agisse du fruit du Grenadier qui, à maturité, éclate en dispersant ses graines à l'image d'une connaissance qui se répand.

Outre la perte du Paradis terrestre, la femme est condamnée à enfanter dans la douleur, l'homme à gagner son pain à la sueur de son front et le serpent, lui, à être détesté de la femme et de sa descendance, et tout ça, pour avoir voulu accéder à la Connaissance et, peut-être aussi un peu, à une forme de "libre arbitre"...


Notre grand Architecte
, suivi en cela par par bien des générations de Gouvernants, semblait déjà estimer qu'il n'y a pas plus dangereux qu'un Peuple qui pense !

... Et bien, continuez à penser par vous-même, en récusant une culpabilité et, donc, une repentance qui ne concernent, en fait, que la "Brebis Égarée". En effet, si vous êtes croyant, vous ne pouvez ignorer que le Baptême vous a lavé du Péché Originel et que le compteur a été remis à zéro, par contre et bien évidemment, si vous n'êtes pas croyant, cette culpabilité ne vous concerne en aucune manière et votre plus grand risque sera celui d'être tenu pour "coupable de ne pas vous sentir coupable".

Il est tout de même surprenant de constater que plus notre Société est devenue matérialiste, plus elle s'est éloignée de la religion, enfin de certaines, et, donc, d'un Péché Originel que l'on pratiquait depuis des millénaires et dont, par expérience, on savait se défaire, plus cette place, laissée vacante, a été occupée par d'autres péchés, plus profanes, plus nombreux, plus variables au gré des modes, dictant ce qu'il était bon de dire et de penser. Le Religieusement correct a cédé sa place au Politiquement correct.


Si le bûcher n'est plus envisageable pour d'évidentes raisons de bilan carbone, le risque d'anathème ou, plus grave, de Fatwa, lui, reste le même alors que, et n'en déplaise à ceux qui, pratiquant la vente forcée d'une culpabilité à large spectre, en ont fait leur fond de commerce, chacun d'entre nous n'est, en tout état de cause, responsable que de ses propres fautes et sans propagation d'une génération à l'autre.

L'Homme, surtout s'il est occidental et blanc, devrait se mette à saliver à la simple évocation des mots "colonisation" ou "esclavage" tout comme le chien de Pavlov...A les entendre, et ils font tout pour cela, il faudrait impérativement que l'Homme, surtout s'il est occidental et blanc, se mette à saliver au simple mot de "colonisation" ou "esclavage" comme le chien de Pavlov, lui, était conditionné à le faire au simple son de la cloche.

Tout comme dans le roman de Kafka, il nous est fait un procès pour des actes que nous n'avons pas commis, de notre vivant en tous cas, et ceux qui nous l'intentent, sachant merveilleusement bien jouer sur notre corde sensible, parviennent à ce que nous nous persuadions, nous-mêmes, de notre culpabilité et, donc, de devoir nous repentir. C'est une extraordinaire mystification, et on tombe dans le panneau. Ce n'est plus de la censure, mais, pire, de l'auto-censure !

Supposons que vous assistiez à un accident terrible. Un conducteur brûle le feu, fauche une brave petite vieille qui, après avoir été projetée en l'air, retombe et passe sous les roues d'une autre voiture qui passait en sens inverse. Il y a du sang partout et le chauffeur, lui, prend la fuite. Devez-vous vous sentir coupable ? Non ! Devez-vous vous repentir ?  Non ! Pouvons nous détourner la tête pour feindre de n'avoir rien vu ? Non, ça non plus ! Colonisation, esclavage ? Sans doute épouvantable, mais je ne me sens ni responsable ni coupable. Du vase de Soissons non plus, d'ailleurs. J'ai un alibi, je faisais une partie de poker et j'ai des témoins !

Nous sommes, ou nous aimons le croire, la Patrie des Droits de l'Homme, la Patrie des Libres Penseurs, la Liberté éclairant le Monde, ayons le courage de dire que nous ne souhaitons pas qu'une religion, n'importe laquelle et même sous couvert d'une pseudo repentance, dicte notre vie civile. Un certain Code, du même nom, est là pour ça, et il nous suffit.

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